Tuesday, May 12, 2015

Poutine réhabilite le pacte Molotov-Ribbentrop

Le président russe, revenant sur de précédents propos, a justifié, dimanche, le pacte germano-soviétique de 1939, cette alliance entre le nazisme et le communisme qui avait conduit au partage de la Pologne.

Vladimir Poutine a une vision de l'histoire soviétique à géométrie variable. Dimanche, en compagnie d'Angela Merkel, le président russe a justifié la signature du pacte germano-soviétique, traité de non-agression entre les deux pays conclu en août 1939. «L'Union soviétique a fait un tas d'efforts pour créer les conditions favorables à une résistance collective au nazisme en Allemagne… mais tous ses efforts n'ont pas été couronnés de succès», a déploré le chef du Kremlin. Avant d'ajouter: «lorsque l'URSS a réalisé qu'on l'avait laissée toute seule face à l'Allemagne d'Hitler, il a pris des mesures visant à éviter un affrontement direct, et le pacte Molotov-Ribbentrop a été signé».
Le président russe s'est bien gardé de parler du protocole secret qui avait été attaché à ce «pacte Molotov-Ribentropp», dont l'existence n'a été dévoilée aux Russes qu'après la chute de l'URSS, et qui prévoyait un partage de la Pologne entre les deux puissances. Dans la foulée, Moscou avait annexé au début de la guerre les pays baltes, décision que Vladimir Poutine justifie tacitement, mais que la chancelière allemande a jugée, au contraire, «illégitime».

Six ans plus tôt, Vladimir Poutine avait condamné ce pacte germano-soviétique. «Toutes les tentatives d'apaiser les nazis entre 1934 et 1939 par divers accords et pactes étaient moralement inacceptables et politiquement insensées, nuisibles et dangereux», avait-il déclaré le 1er septembre 2009 à Gdansk, en Pologne, lors du 70e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale.
A l'époque, Vladimir Poutine était premier ministre et l'heure était à la condamnation, encore timide, des crimes du stalinisme, et aux tentatives de réconciliation avec la Pologne. Huit mois plus tard, le chef du gouvernement russe était venu dans la forêt de Katyn, s'incliner devant les tombes de 4.400 officiers polonais tués sur ordre du Kremlin, durant la Seconde Guerre mondiale.
Pendant des décennies, Moscou s'est efforcé de faire endosser à la Wehrmacht la responsabilité de ces massacres. Au total, «la petite terreur» stalinienne des années 39-40, comme l'appelle l'historien américain, Timothy Snyder, aura coûté la vie à 21.892 citoyens polonais.
Aujourd'hui, Vladimir Poutine redevenu président, est à la tête d'un État engagé, selon ses contempteurs, dans un processus rampant de réhabilitation de Staline, comme l'a notamment montré la commémoration, en grande pompe, du 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le ministre russe de la culture, Vladimir Medinski, auquel le chef du Kremlin a apporté son soutien, qualifie le pacte germano-soviétique de «succès éminent» de la diplomatie stalinienne.
Ce 8 mai, des militants communistes ont inauguré à Tver (ouest de Moscou) un buste du dictateur et général en chef de l'armée rouge. Surtout, à la faveur de la crise ukrainienne, les relations russo-polonaises se sont très fortement dégradées, expliquant le silence du président russe à l'égard des crimes staliniens commis contre la Pologne.





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